Environnement et santé, pour un discours mobilisateur

Le concept « One Health » (une seule santé), récemment apparu, affirme le lien entre santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes, et prône une approche intégrée de ces trois domaines. Nos associations de protection de la nature et de l’environnement doivent s’emparer de ce concept puisqu’il s’agit de travailler POUR le bien-être et la qualité de vie POUR tous, POUR maintenir l’habitabilité de notre planète. Faisons de la santé (dans tous les sens du terme) un mot de ralliement populaire de nos mobilisations écologiques, de nos plaidoyers, de nos tribunes en passant du discours moralisateur au discours mobilisateur, le seul qui puisse vraiment engager un changement de société.

Par Thierry FOUCAULT, novembre 2025

Microplastiques, polluants « éternels » (PFAS), cadmium, pesticides, canicule …, ces dernières années, et tout particulièrement 2025, auront mis en lumière de nombreux facteurs environnementaux susceptibles d’altérer gravement notre santé.

Certains des polluants mis en cause ont suscité une mobilisation inédite de la société civile et scientifique, à l’image de l’acétamipride, pesticide de la famille des néonicotinoïdes qui a failli être réintroduit alors que sa toxicité pour l’environnement et la santé humaine est avérée. La presse a rarement été aussi loquace au sujet de polluants tels que les microplastiques qui envahissent tous les milieux et se retrouvent dans nos organismes avec des risques sanitaires inquiétants, le cadmium, ce métal lourd issu des engrais phosphatés qui contamine notre alimentation, ou encore les polluants « éternels » regroupés sous l’acronyme PFAS qui privent d’eau potable des villes entières.

Ces problèmes environnementaux ne sont que quelques exemples du lien étroit entre environnement et santé et des risques que font peser les perturbations environnementales générées par certaines activités humaines. On aurait pu citer également les canicules dues au dérèglement climatique, qui provoquent des millions de morts dans le monde, les sécheresses et le manque d’eau dans certaines régions du monde, également dus au changement climatique, qui menacent plus de 2 milliards de personnes, la pollution de l’air qui fait un nombre incalculable de victimes (40 000 décès prématurés par an en France), le dérèglement des écosystèmes naturels et l’érosion de la biodiversité à l’origine de maladies infectieuses, etc.

Le lien entre la qualité de l’environnement et la santé n’est plus à démontrer. Dans un travail publié en 2007, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estimait qu’environ un quart des maladies (un tiers chez l’enfant) était dû à des facteurs environnementaux (modifiables, c’est-à-dire sur lesquels nous pouvons agir). La quantité d’années de vie en bonne santé perdues pour des causes environnementales est cinq fois plus grande chez les enfants de moins de cinq ans que dans le reste de la population. Parmi les 102 grandes maladies répertoriées par l’OMS, 85 sont en tout ou partie liées à des causes environnementales. Nous pourrions encore égrainer de nombreux chiffres et données qui confirment le lien étroit entre l’environnement et la santé. Les liens entre dégradation écologique et dégradation de notre santé sont nombreux est maintenant largement démontrés.

La santé n’est pas seulement une absence de maladie. Il importe de bien distinguer médecine et santé. Selon la définition de l’OMS, la santé est un « état de bien-être physique, mental et social qui ne consiste pas seulement en l’absence de maladies ou d’infirmités ».

Ce lien étroit entre la santé et l’environnement a fait naître le concept de santé environnementale. D’après l’OMS, « la santé environnementale comprend les aspects de la santé humaine, y compris la qualité de la vie, qui sont déterminés par les facteurs physiques, chimiques, biologiques, sociaux, psychosociaux et esthétiques de notre environnement. Elle concerne également la politique et les pratiques de gestion, de résorption, de contrôle et de prévention des facteurs environnementaux susceptibles d’affecter la santé des générations actuelles et futures. » Agir sur les facteurs environnementaux permet donc de prévenir, préserver et améliorer l’état de santé de la population, notre santé à tous.

Il y a quelques années est apparu également le concept « One Health » (une seule santé), affirmant le lien entre santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes, et en prônant une approche intégrée de ces trois domaines. Il est au cœur du 4ème plan national santé-environnement (PNSE), en cours de mis en œuvre dans notre pays et décliné aux niveaux régionaux (PRSE).

Selon la Banque mondiale, le bénéfice attendu de l’adoption de l’approche « Une seule santé » pour la communauté mondiale a été estimé en 2022 à au moins 37 milliards de dollars des États-Unis (USD) par an. On estime que les dépenses annuelles consacrées à la prévention représentent moins de 10 % de ces bénéfices (source : OMS).

Tous ces éléments et concepts doivent nous conduire à changer de discours sur la transition écologique. Il ne s’agit pas tant de ‘’ lutter contre ‘’ la déforestation, les émissions de CO2, la perte de biodiversité, l’artificialisation des sols, la fast-fashion ou encore l’agriculture intensive (autant de points de vue qui stigmatisent et culpabilisent) que ‘’ d’agir pour ‘’ préserver NOTRE santé à tous et celle des générations futures. Il s’agit de travailler pour le bien-être et la qualité de vie pour tous, pour maintenir l’habitabilité de notre planète. Qui pourrait être contre ?

Face au discours ambiant de « l’écologie punitive », faisons de la santé (dans tous les sens du terme, c’est-à-dire physique, mentale et sociale) un mot de ralliement populaire de nos mobilisations écologiques, de nos plaidoyers, de nos tribunes.

Menons nos actions de sensibilisation et d’éducation en les axant sur l’impact sanitaire positif d’un environnement de qualité. Ce changement de cap rhétorique devra nous conduira à modifier nos messages. Passons du discours moralisateur au discours mobilisateur, le seul qui puisse vraiment engager un changement de société.

Pour en savoir plus : cet article plus complet et de nombreuses références : « L’environnement et la transition écologique, d’abord une question de santé (T. Foucault) »