Former à la transition écologique, deux évènements en 2025 (parmi d'autres)

Former à la transition écologique est devenu un enjeu central pour les institutions publiques et l’enseignement supérieur. Dans cet article, Luc Abbadie revient sur les avancées, les questionnements et les fragilités des dispositifs de formation qui cherchent à préparer cadres de l’État et étudiants aux défis environnementaux.

Par Luc Abbadie, professeur émérite en écologie à Sorbonne-Université, Président de Nature & Société, mars 2026

Les dernières semaines de l’année 2025 auront connu deux rendez-vous, tout aussi discrets que porteurs de changements, les 25 novembre et 10 décembre, à Paris[1] et Rennes[2] respectivement. A chaque fois, il s’est agi de tirer un premier bilan d’actions tout à fait nouvelles pour la France et, très vraisemblablement, pour le reste du monde : former ou, à tout le moins, sensibiliser à la transition écologique environ 17 000 cadres supérieurs de l’État [3] et procurer à tous les étudiants et toutes les étudiantes un enseignement socle au cours du premier cycle universitaire[4], conformément à la recommandation du rapport Jouzel[5]. Une formation basée sur des faits scientifiques avérés[6], adoptant une analyse plurielle des enjeux et privilégiant une approche solution. Une formation obligatoire pour les agents de l’Etat et diplômante pour les étudiants et les étudiantes, qui n’a été possible que grâce au portage politique de deux ministres, celui de la fonction publique[7] et celle de l’enseignement supérieur[8] de l’époque, portage qui s’est malheureusement évanoui depuis l’été 2024. Une formation, enfin, ancrée dans les territoires, qui a bénéficié de l’engagement de plus de 1200 scientifiques de toutes disciplines dans toutes les régions du pays sous la houlette d’une équipe d’animation pilotée par le CNRS[9] ; en prenant un risque logistique non négligeable, celui du 100 % présentiel dans l’espoir d’engendrer des relations durables entre fonctionnaires et scientifiques, espoir concrétisé dans certaines régions. Deux thèses en cours viendront préciser d’ici un an ou deux les forces et les faiblesses de l’ensemble du processus.

Dans les deux cas, il s’agissait d’enclencher un mouvement durable à valeur d’exemple pour d’autres secteurs publics ou privés. Du côté des cadres de l’Etat, une faible proportion des agents auront suivi l’intégralité du parcours proposé même si certains ministères, en interne, maintiennent leur engagement. Et, bonne nouvelle, dès le début de 2026, les 2,5 millions d’agents publics, quelle que soit leur catégorie, auront accès à une formation de base en distanciel. Quant aux établissements universitaires, les trois quarts d’entre eux environ ont proposé des enseignements sur la transition écologique et le développement soutenable dès septembre 2025, les autres le feront à la rentrée 2026. Et certaines écoles et universités se sont d’ores et déjà attelées à l’étape d’après, à savoir l’intégration des enjeux de transition dans les enseignements disciplinaires spécialisés.

Bien entendu, il y a eu des critiques et des résistances ici ou là, justifiées par le manque de moyens humains ou matériels, le manque de temps, un sentiment de précipitation ou le ressenti d’un risque idéologique, sans oublier le refus frontal d’une minorité significative d’étudiants et de fonctionnaires d’accorder aux questions de transition une importance suffisante pour y consacrer de l’attention. Il faut reconnaître que tout cela s’est construit de manière très empirique, parfois avec une certaine précipitation, et que le degré souhaitable de pluridisciplinarité, inhérent à toute approche solution, n’est pas encore partout suffisant. Mais, l’essentiel n’était pas là. L’essentiel, c’était de démarrer, de faire, de se confronter au réel. Pour l’instant, on peut penser que le mouvement est irréversible dans le monde universitaire, que la partie est gagnée. On ne peut pas en dire autant à propos des services publics : on est encore en phase de démarrage puisqu’au-delà des cadres supérieurs, ce sont 5,7 millions de personnes qui sont en principe concernées dans les trois fonctions publiques. Le chantier sera lourd et de longue haleine et on peut craindre qu’il souffre du manque d’intérêt, voire de l’hostilité, de trop d’élus politiques vis-à-vis de la transition écologique qu’ils persistent à considérer comme une source d’embarras plutôt qu’un vecteur de créativité et de développement.


[1] https://admin.eventdrive.com/fr/colloque-formation-a-la-transition-ecologique-des-cadres-superieurs-de-letat

[2] https://agenda.univ-rennes.fr/events/vers-un-nouveau-plan-climat-biodiversite-et-transition-ecologique

[3] https://fte-transition-ecologique.fr/mon-parcours-ecologique/

[4] https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/sites/default/files/2023-10/note-de-cadrage-formation-des-tudiants-de-1er-cycle-pdf-29688.pdf

[5] https://franceuniversites.fr/wp-content/uploads/2022/02/Rapport-Jouzel2-Former-aux-enjeux-de-la-TE-DD-dans-lEnsSup.pdf

[6] Un groupe d’appui et d’expertise scientifique mis en place par le ministre de la fonction publique a contribué au cadrage du parcours de formation et produit un cahier des charges scientifique

https://www.transformation.gouv.fr/files/presse/Communiqu%C3%A9%20de%20presse%20-%20Lancement%20du%20premier%20grand%20plan%20de%20formation%20des%20….pdf

[7] Stanislas Guérini, épaulé par son conseiller transition Ulysse Dorioz

[8] Sylvie Retailleau, épaulée par sa conseillère transition Jane Lecomte

[9] Equipe pilotée par Claire Gouny

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