{"id":8211,"date":"2026-01-10T17:27:47","date_gmt":"2026-01-10T16:27:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.nature-et-societe.org\/?p=8211"},"modified":"2026-01-13T12:54:06","modified_gmt":"2026-01-13T11:54:06","slug":"lenvironnement-et-la-transition-ecologique-dabord-une-question-de-sante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.nature-et-societe.org\/?p=8211","title":{"rendered":"L\u2019environnement et la transition \u00e9cologique, d\u2019abord une question de sant\u00e9"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"8211\" class=\"elementor elementor-8211\" data-elementor-post-type=\"post\">\n\t\t\t\t<div class=\"has_eae_slider elementor-element elementor-element-11c5b72 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-eae-slider=\"45521\" data-id=\"11c5b72\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-9a733f0 elementor-widget elementor-widget-heading\" data-id=\"9a733f0\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"heading.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t<h2 class=\"elementor-heading-title elementor-size-default\">L\u2019environnement et la transition \u00e9cologique, d\u2019abord une question de sant\u00e9<\/h2>\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div class=\"has_eae_slider elementor-element elementor-element-5abb41e e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-eae-slider=\"70665\" data-id=\"5abb41e\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-c41894c elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"c41894c\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p><em>Thierry FOUCAULT, Novembre 2025<\/em><\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div class=\"has_eae_slider elementor-element elementor-element-b430b33 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-eae-slider=\"75648\" data-id=\"b430b33\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-b86b168 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"b86b168\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p><strong>Microplastiques, PFAS, cadmium, pesticides, canicule \u2026, les ann\u00e9es 2024 et 2025 auront mis en lumi\u00e8re de nombreux facteurs environnementaux susceptibles d\u2019alt\u00e9rer gravement notre sant\u00e9.<\/strong><\/p><p><strong>R\u00e9trospective \u2026<\/strong><\/p><p><strong>\u00a0<\/strong><\/p><h3>Des microplastiques partout<\/h3><p>En janvier 2024, une \u00e9tude publi\u00e9e dans la revue scientifique PNAS <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> montrait que l\u2019eau en bouteille (de trois marques dont les noms n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9s) contenait en moyenne 240\u00a0000 particules microscopiques de plastiques par litre, soit une teneur 10 \u00e0 100 fois plus \u00e9lev\u00e9e que ce qui \u00e9tait estim\u00e9 jusque-l\u00e0. Ces particules sont \u00e0 90 % des nanoplastiques (au diam\u00e8tre inf\u00e9rieur \u00e0 1 \u00b5m &#8211; 1microm\u00e8tre, soit 1 milli\u00e8me de millim\u00e8tre), le reste \u00e9tant des microplastiques (taille sup\u00e9rieure \u00e0 1 \u00b5m). Or, les nanoparticules sont suspect\u00e9es d\u2019\u00eatre les plus toxiques, car susceptibles de franchir les barri\u00e8res du corps en raison de leur tr\u00e8s petite taille. Leur nocivit\u00e9 sur l\u2019humain, et notamment le placenta, a \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9e en avril 2024 par une \u00e9quipe de l\u2019Inserm<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. D\u00e9j\u00e0, en 2022, l\u2019Inserm alertait sur le risque de maladies de l\u2019intestin, notamment canc\u00e9reuses ou inflammatoires, engendr\u00e9es par l\u2019ingestion de microparticules de poly\u00e9thyl\u00e8ne (PE) (risque av\u00e9r\u00e9 chez la souris).<\/p><p>Le poly\u00e9thyl\u00e8ne est l\u2019un des plastiques les plus fr\u00e9quemment utilis\u00e9s, notamment dans les emballages, les sacs plastiques, ou les b\u00e2ches agricoles. En se fractionnant de plus en plus finement, les plastiques contaminent tout notre environnement et se retrouvent dans les sols, les eaux, puis dans nos aliments. Selon une \u00e9tude publi\u00e9e dans la revue <em>Nature<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><strong>[3]<\/strong><\/a><\/em>, la couche sup\u00e9rieure (les dix premiers m\u00e8tres d&rsquo;eau) de l\u2019oc\u00e9an Atlantique Nord contiendrait 27 millions de tonnes de nanoplastiques (inf\u00e9rieurs \u00e0 1 \u00b5m).<\/p><p>La litt\u00e9rature scientifique rapporte que des microparticules de PE sont retrouv\u00e9es dans nos selles, notre sang ou encore dans le placenta. Des essais en laboratoire ont montr\u00e9 que les microplastiques sont nocifs pour les cellules humaines <a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, causant par exemple des r\u00e9actions allergiques ou la mort de cellules.<\/p><p>La toxicit\u00e9 des plastiques est augment\u00e9e du fait des nombreux additifs qu\u2019ils contiennent et qui leur conf\u00e8rent leur r\u00e9sistance et leur flexibilit\u00e9. L\u2019analyse la plus r\u00e9cente<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a> a permis d\u2019identifier plus de 10\u00a0000 produits chimiques utilis\u00e9s dans les plastiques, dont plus de 2\u00a0400 sont potentiellement pr\u00e9occupants, indique Scott Coffin, chercheur au California State Water Resource Control Board. Or l\u2019utilisation de nombreux de ces produits chimiques dans les emballages alimentaires n\u2019est pas syst\u00e9matiquement autoris\u00e9e selon les r\u00e9glementations.<\/p><p><strong>\u00a0<\/strong><\/p><h3>Du cadmium dans nos aliments<\/h3><p>Le 9 juin 2025, le magazine <em>Que Choisir<\/em> (Elsa Casalegno) publiait un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Cadmium, les m\u00e9decins exhortent les pouvoirs publics \u00e0 agir\u00a0\u00bb. Ce sont les m\u00e9decins lib\u00e9raux qui ont donn\u00e9 l\u2019alerte, \u00e0 l&rsquo;occasion de la journ\u00e9e mondiale de l&rsquo;environnement du 5 juin, dans une lettre ouverte dans laquelle ils rappellent les dangers du cadmium (l\u2019un des m\u00e9taux \u00ab\u00a0lourds\u00a0\u00bb, comme le plomb, le mercure, ou le chrome) et l\u2019ampleur de notre contamination. Les m\u00e9decins parlent m\u00eame d\u2019une \u2018\u2019\u00a0bombe sanitaire \u00e0 retardement\u00a0\u2018\u2019.<\/p><p>Les agences sanitaires alertent sur ses dangers depuis plus de dix ans. En 2019, l\u2019Anses (Agence nationale de s\u00e9curit\u00e9 sanitaire de l\u2019alimentation, de l\u2019environnement et du travail) observait<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><u>[6]<\/u><\/a> en France un d\u00e9passement de la dose hebdomadaire tol\u00e9rable (DHT), limite avant laquelle un effet sur la sant\u00e9 est \u00e0 pr\u00e9voir. Fix\u00e9 par semaine \u00e0 2,5 microgrammes de cadmium par kilogramme de poids corporel, ce seuil \u00e9tait franchi \u00ab\u00a0<em>chez 0,6% des adultes et 15% des enfants\u00a0\u00bb<\/em>. En 2021, Sant\u00e9 publique France avait publi\u00e9 un \u00e9tat des lieux de l\u2019exposition de la population fran\u00e7aise aux m\u00e9taux lourds <a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, avec des conclusions inqui\u00e9tantes. Cette \u00e9tude r\u00e9v\u00e9lait que chez les adultes, l&rsquo;impr\u00e9gnation au cadmium avait quasiment doubl\u00e9 entre 2006 et 2014. Elle \u00e9tait aussi 2 \u00e0 4 fois sup\u00e9rieure \u00e0 celle de pays similaires (USA, Allemagne, Italie \u2026).<\/p><p>O\u00f9 est le probl\u00e8me\u00a0? Le cadmium est un m\u00e9tal canc\u00e9rig\u00e8ne, reprotoxique et potentiellement mutag\u00e8ne, qui s\u2019accumule dans l\u2019organisme humain (notamment le foie et les reins) via notre alimentation, notamment les p\u00e2tes, le pain, les pommes de terre et certains l\u00e9gumes. Il est suspect\u00e9 de jouer un r\u00f4le dans l\u2019explosion du nombre de cancers du pancr\u00e9as en France.<\/p><p>Certains m\u00e9decins estiment que les risques associ\u00e9s au cadmium sont sous-estim\u00e9s. Entre autres maladies, le cadmium pourrait augmenter le risque cardio-vasculaire, provoquer des troubles de la reproduction, des atteintes r\u00e9nales, une faiblesse osseuse, un risque accru de cancer. Ce dernier risque est \u00e9tabli depuis 2012 par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Celui du pancr\u00e9as est particuli\u00e8rement inqui\u00e9tant en France, quatri\u00e8me pays au monde ayant le plus grand nombre d\u2019apparitions de nouveaux cas.<\/p><p>D\u2019o\u00f9 vient ce m\u00e9tal\u00a0? Pr\u00e9sent naturellement dans les sols, le cadmium se retrouve dans notre environnement du fait de certaines activit\u00e9s industrielles. Sa grande r\u00e9sistance \u00e0 la chaleur conduit en effet \u00e0 l\u2019utiliser pour la production de batteries, de certains rev\u00eatements anticorrosion et de peintures et dans l\u2019industrie m\u00e9tallurgique. Mais la principale source de contamination est l\u2019utilisation d\u2019engrais min\u00e9raux en agriculture. Les phosphates que contiennent ces fertilisants peuvent provenir de sols plus ou moins charg\u00e9s en cadmium. En France, les phosphates proviennent essentiellement du Maroc, o\u00f9 les sols sont particuli\u00e8rement riches en cadmium, ce qui explique pourquoi notre pays s\u2019av\u00e8re plus contamin\u00e9 que ses voisins europ\u00e9ens. Les engrais contenant le cadmium contaminent alors nos aliments. Selon le chercheur Thibault Sterckeman, de l\u2019Inrae (Institut national de recherche pour l\u2019agriculture, l\u2019alimentation et l\u2019environnement, \u00ab\u00a0<em>les engrais phosphat\u00e9s sont \u00e0 l\u2019origine de 60% \u00e0 75% des entr\u00e9es de cadmium dans les sols\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p><p>Dans leur lettre ouverte, les m\u00e9decins exhortent les pouvoirs publics \u00e0 s\u2019aligner d\u00e8s que possible sur les recommandations formul\u00e9es par l\u2019Anses, \u00e0 savoir imposer une teneur maximale en cadmium dans les engrais phosphat\u00e9s de 20 mg de cadmium par kilo de phosphore, comme en Slovaquie, en Finlande ou encore en Hongrie.<\/p><p>En Europe, depuis 2022, les concentrations maximales en cadmium autoris\u00e9es dans les engrais europ\u00e9ens sont de 60 mg\/kg. En France, il est pr\u00e9vu d\u2019abaisser ce seuil \u00e0 40 mg\/kg en juillet 2026, encore loin des recommandations de l\u2019Anses. La Commission europ\u00e9enne a indiqu\u00e9 vouloir atteindre le seuil de 20 mg\/kg d\u2019ici \u00e0 2034. Les pouvoirs publics fran\u00e7ais n&rsquo;ont pour l\u2019heure pas pris de d\u00e9cision \u2026<\/p><p>Le ministre de la Sant\u00e9 en fonction en juin 2025, Yannick Neuder, a annonc\u00e9 un remboursement des d\u00e9pistages du cadmium en m\u00e9decine de ville. Mais la vraie question est celle de la pr\u00e9vention. Pour r\u00e9duire l\u2019exposition des Fran\u00e7ais, il faut r\u00e9duire l\u2019utilisation des engrais phosphat\u00e9s en agriculture et changer les pratiques agricoles. Et c\u2019est urgent, car le cadmium s\u2019est accumul\u00e9 dans nos sols agricoles o\u00f9 il ne se d\u00e9grade pas et d\u2019o\u00f9 il ne sort que tr\u00e8s lentement. La solution imm\u00e9diate consiste alors \u00e0 privil\u00e9gier les produits issus de l\u2019agriculture biologique (\u00e0 condition toutefois que les parcelle soient en bio depuis plusieurs ann\u00e9es). Selon une \u00e9tude<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\"><u>[8]<\/u><\/a> de 2014, les cultures bio pr\u00e9sentent une concentration en cadmium inf\u00e9rieure de 48\u00a0% en moyenne aux cultures conventionnelles.<\/p><p><strong>\u00a0<\/strong><\/p><h3>Des PFAS dans l\u2019eau \u2026 et nos assiettes<\/h3><p>Le 10 juillet 2025, 2800 habitants de 12 communes des Ardennes ont re\u00e7u la consigne de ne plus consommer l\u2019eau du robinet, en raison d\u2019un taux de PFAS sup\u00e9rieur \u00e0 la limite l\u00e9gale de 100 nanogrammes par litre (ng\/l). Le 12 juillet, quatre autres communes de la Meuse, soit 620 habitants, \u00e9taient \u00e0 leur tour concern\u00e9es par cette interdiction. L\u2019agence de l\u2019eau Rhin-Meuse avait pourtant alert\u00e9 d\u00e8s 2016 \u00e0 propos de relev\u00e9s inqui\u00e9tants. Aucune mesure de restriction n\u2019avait alors \u00e9t\u00e9 prise.<\/p><p>Mais qu\u2019est-ce qu\u2019un PFAS\u00a0? En 1938, un chercheur de la firme Dupont de Nemours d\u00e9couvre les propri\u00e9t\u00e9s d\u2019un mat\u00e9riau qui ne se dissout dans rien et r\u00e9siste \u00e0 des temp\u00e9ratures de plus de 260 \u00b0C. Aujourd\u2019hui, tout le monde conna\u00eet ce mat\u00e9riau appel\u00e9 \u00ab\u00a0t\u00e9flon\u00a0\u00bb. Il est compos\u00e9 de substances perfluoroalkyl\u00e9es et polyfluoroalkyl\u00e9es, PFAS en abr\u00e9g\u00e9.<\/p><p>Depuis, en raison de leurs propri\u00e9t\u00e9s, les PFAS sont employ\u00e9es \u00e0 grande \u00e9chelle dans beaucoup de produits de consommation courante\u00a0: pesticides, tissus imperm\u00e9ables, emballages alimentaires, mousses anti-incendie, gaz r\u00e9frig\u00e9rants, rev\u00eatements antiadh\u00e9sifs, cosm\u00e9tiques, dispositifs m\u00e9dicaux, produits phytopharmaceutiques, etc. Aujourd\u2019hui, les PFAS regroupent plus de 4700 produits chimiques.<\/p><p>Le probl\u00e8me, c\u2019est que les PFAS ne se d\u00e9gradent pratiquement pas dans l\u2019environnement et persistent tr\u00e8s longtemps, d\u2019o\u00f9 leur qualificatif de \u00ab\u00a0polluants \u00e9ternels\u00a0\u00bb. Ils finissent par s\u2019accumuler dans tous les milieux, l\u2019air, les sols, les eaux \u2026 et les organismes vivants, y compris le corps humain. Leur pr\u00e9sence est d\u00e9sormais attest\u00e9e dans le sang, le s\u00e9rum, l\u2019urine ou les cheveux. Selon l\u2019EFAS (Autorit\u00e9 europ\u00e9enne de s\u00e9curit\u00e9 des aliments)<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, les produits de la mer, les \u0153ufs et les viandes sont les aliments contribuant le plus \u00e0 l\u2019exposition au PFOS et au PFOA (2 cat\u00e9gories de PFAS). L\u2019eau destin\u00e9e \u00e0 la consommation humaine peut \u00e9galement \u00eatre une source d\u2019exposition, comme dans les Ardennes et la Meuse, tout comme l\u2019air l\u2019int\u00e9rieur et ext\u00e9rieur, les poussi\u00e8res et les sols contamin\u00e9s.<\/p><p>Bien que le risque imm\u00e9diat pour la sant\u00e9 soit faible, une exposition prolong\u00e9e peut avoir des effets sur la sant\u00e9 \u00e0 long terme<em>. <\/em>On commence en effet \u00e0 conna\u00eetre leurs effets n\u00e9fastes sur la sant\u00e9. Selon l\u2019Anses, <em>\u00ab\u00a0Les travaux scientifiques sur certains PFAS connus montrent qu\u2019ils peuvent avoir des effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res pour l\u2019\u00eatre humain : augmentation du taux de cholest\u00e9rol, cancers, effets sur la fertilit\u00e9 et le d\u00e9veloppement du f\u0153tus, sur le foie, sur les reins, etc. Ils sont \u00e9galement suspect\u00e9s d\u2019interf\u00e9rer avec le syst\u00e8me endocrinien (thyro\u00efde) et immunitaire.\u00a0\u00bb <\/em>En d\u00e9cembre 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a class\u00e9 le PFOA comme \u00ab\u00a0canc\u00e9rog\u00e8ne pour l\u2019Homme\u00a0\u00bb (Groupe 1) et le PFOS comme \u00ab\u00a0peut-\u00eatre canc\u00e9rog\u00e8ne pour l\u2019Homme\u00a0\u00bb (Groupe 2B).<\/p><p>Plusieurs enqu\u00eates r\u00e9centes ont montr\u00e9 que la contamination aux PFAS est massive dans le monde et en Europe, comme l\u2019a cartographi\u00e9 en f\u00e9vrier 2023 le <em>Forever pollution project<\/em> <a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>, une vaste enqu\u00eate internationale men\u00e9e par des journalistes de divers pays (dont des journalistes du journal <em>Le Monde<\/em>). Elle r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;\u00e9tendue de la contamination par les PFAS \u00e0 travers l&rsquo;Europe, localisant pr\u00e8s de 23 000 sites contamin\u00e9s par les PFAS et 21 500 sites de contamination pr\u00e9sum\u00e9e. En janvier 2025, une \u00e9quipe de 46 journalistes r\u00e9partis dans 16 pays a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l&rsquo;ampleur de la campagne de lobbying en cours contre une interdiction propos\u00e9e des PFAS dans l&rsquo;UE, qui, si elle aboutit, pourrait co\u00fbter \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 2 000 milliards d&rsquo;euros en frais de d\u00e9pollution sur 20 ans.<\/p><p><strong>\u00a0<\/strong><\/p><h3>L\u2019ac\u00e9tamipride, un pesticide parmi d\u2019autres<\/h3><p>Le 8 juillet 2025, l\u2019Assembl\u00e9e nationale adoptait la proposition de loi dite \u00ab\u00a0Duplomb\u00a0\u00bb <em>\u00ab\u00a0<\/em><em>\u202fvisant \u00e0 lever les contraintes \u00e0 l\u2019exercice du m\u00e9tier d\u2019agriculteur<\/em><em>\u202f<\/em>\u00a0\u00bb, port\u00e9e par les s\u00e9nateurs Laurent Duplomb (Les R\u00e9publicains) et Franck Menonville (Union centriste). Rarement un texte de cette nature n\u2019avait soulev\u00e9 autant de critiques et de protestations de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Une p\u00e9tition lanc\u00e9e par une \u00e9tudiante d\u00e8s le 10 juillet, demandant l\u2019abrogation de la loi, a rassembl\u00e9 plus de 2 millions de signatures. La presse, tant sp\u00e9cialis\u00e9e que g\u00e9n\u00e9raliste, a port\u00e9 le sujet sur le devant de la sc\u00e8ne m\u00e9diatique pendant plusieurs semaines. De nombreuses ONG, \u2018\u2019soci\u00e9t\u00e9s savantes\u2019\u2019 et institutions scientifiques et m\u00e9dicales, dont la Ligue contre le cancer, la Soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de p\u00e9diatrie, la Soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de neurologie, la Soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise du cancer, la Fondation pour la recherche m\u00e9dicale, le Conseil national de l&rsquo;Ordre des m\u00e9decins ou encore le CNRS, ont fait part de leur opposition \u00e0 cette loi en d\u00e9non\u00e7ant un \u00ab\u00a0<em>recul majeur pour la sant\u00e9 publique<\/em>\u00a0\u00bb. Car c\u2019est bien le retour de l\u2019Ac\u00e9tamipride, pesticide de la famille des n\u00e9onicotino\u00efdes interdit en 2018, qui a mis le feu aux poudres et focalis\u00e9 toutes les crispations.<\/p><p>Le 7 aout, le Conseil constitutionnel a censur\u00e9 l\u2019article le plus controvers\u00e9 permettant l\u2019utilisation de 3 insecticides de la famille des n\u00e9onicotino\u00efdes, l\u2019ac\u00e9tamipride, le sulfoxaflor et le flupyradifurone. La loi a finalement \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9e le 12 aout par le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique sans l\u2019article censur\u00e9. Le succ\u00e8s de la p\u00e9tition d\u00e9pos\u00e9e au S\u00e9nat a conduit l\u2019Assembl\u00e9e nationale \u00e0 organiser un d\u00e9bat parlementaire (sans cons\u00e9quence sur la Loi). Apr\u00e8s un premier d\u00e9bat en commission des affaires \u00e9conomiques, qui fera l\u2019objet d\u2019un rapport, un d\u00e9bat en s\u00e9ance publique devrait se d\u00e9rouler d\u00e9but d\u00e9cembre.<\/p><p>Comment expliquer une telle mobilisation de la soci\u00e9t\u00e9 civile et scientifique contre la r\u00e9introduction de trois pesticides interdits depuis 2018, a fortiori pendant la pause estivale\u00a0? Les sondages d\u2019opinion ont montr\u00e9 que plus de 60 % des Fran\u00e7ais rejetaient cette loi. Nos concitoyens seraient-ils indiff\u00e9rents au sort des agriculteurs\u00a0? Tous les sondages d\u2019opinion ont montr\u00e9 le contraire. En r\u00e9alit\u00e9, la crispation autour de l\u2019ac\u00e9tamipride d\u00e9montre que la sant\u00e9 reste une pr\u00e9occupation majeure pour tous les citoyens et s\u2019inscrit dans un rejet des politiques publiques qui la mettent en danger.<\/p><p>Les d\u00e9fenseurs de la loi ont bien essay\u00e9 de d\u00e9tourner le d\u00e9bat vers une pr\u00e9tendue comp\u00e9titivit\u00e9 agricole et une certaine conception de la souverainet\u00e9 nationale, largement contestables. Mais les citoyens ne sont pas dupes. Ces mesures n\u2019am\u00e9lioreront aucunement les conditions de vie de l\u2019immense majorit\u00e9 des agriculteurs. La sant\u00e9 ne peut pas \u00eatre sacrifi\u00e9e sur l\u2019autel d\u2019une comp\u00e9titivit\u00e9 \u00e9conomique n\u00e9olib\u00e9rale qui ne profite qu\u2019\u00e0 quelques-uns. Agriculture et environnement doivent se rejoindre pour assurer la sant\u00e9 de tous.<\/p><p>L\u2019ac\u00e9tamipride est un pesticide. Doit-on rappeler qu\u2019il est fait pour tuer\u00a0? Faire croire qu\u2019il ne tue que quelques esp\u00e8ces cibl\u00e9es et qu\u2019il dispara\u00eet ensuite sans g\u00e9n\u00e9rer de risque pour la sant\u00e9 humaine est une v\u00e9ritable ineptie.<\/p><p>L\u2019interdiction de l\u2019ac\u00e9tamipride en 2018 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e par hasard. Le retrait de l\u2019autorisation s\u2019est fond\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, sur des avis scientifiques, notamment de la <em>Task Force on Systemic Pesticides<\/em> qui a pass\u00e9 en revue plus de 800 articles scientifiques pointant les effets d\u00e9vastateurs de ces pesticides n\u00e9onicotino\u00efdes (dits \u00ab\u00a0syst\u00e9miques\u00a0\u00bb) sur l\u2019environnement <a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.<\/p><p>Depuis plusieurs ann\u00e9es, la litt\u00e9rature scientifique ne cesse de s\u2019accumuler sur les dangers de ces insecticides. Leur toxicit\u00e9 ne s\u2019exerce pas uniquement sur les insectes ind\u00e9sirables. Ils tuent un grand nombre d\u2019esp\u00e8ces, et notamment les esp\u00e8ces pollinisatrices comme les abeilles, domestiques et sauvages. Au d\u00e9but 2025, une vaste \u00e9tude scientifique<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a> portant sur 471 pesticides a montr\u00e9 que ces derniers ont des effets n\u00e9gatifs sur 800 esp\u00e8ces qu\u2019ils ne sont pas cens\u00e9s cibler.<\/p><p>Les n\u00e9onicotino\u00efdes, comme une grande majorit\u00e9 des pesticides, ont la capacit\u00e9 d\u2019impr\u00e9gner l\u2019ensemble des milieux. Stables dans l\u2019eau, ils persistent dans l\u2019environnement et contaminent bien plus que les champs o\u00f9 ils sont appliqu\u00e9s. M\u00eame quand ils se d\u00e9gradent, les r\u00e9sidus de cette d\u00e9gradation forment des m\u00e9tabolites qui peuvent \u00eatre plus ou moins dangereux selon les cas. Comme l\u2019ac\u00e9tamipride, de nombreux pesticides et leurs r\u00e9sidus persistent longtemps dans l\u2019environnement, impr\u00e9gnant tous les organismes vivants, plantes et animaux \u2026 pour finir dans nos assiettes en mena\u00e7ant notre sant\u00e9.<\/p><p>Dans une \u00e9tude parue dans la revue <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1021\/acs.est.5c03787\">Environmental Science &amp; Technology<\/a> <a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>, une \u00e9quipe franco-italienne a estim\u00e9, pour la premi\u00e8re fois, la quantit\u00e9 de substances actives (herbicides, insecticides, fongicides et leurs m\u00e9tabolites) pr\u00e9sentes dans les nuages circulant au-dessus du territoire de la France m\u00e9tropolitaine. Sur 445 substances recherch\u00e9es, les chercheurs en ont trouv\u00e9 32 dans l\u2019eau des nuages collect\u00e9s au sommet du puy de D\u00f4me, parfois \u00e0 des concentrations sup\u00e9rieures aux normes europ\u00e9ennes pour l\u2019eau potable. Selon la couverture nuageuse du moment, entre 6 et 140 tonnes de pesticides circulent dans le ciel fran\u00e7ais. Pr\u00e9cisons que certaines de ces substances, tr\u00e8s toxiques, sont interdites en France. Ces r\u00e9sultats sugg\u00e8rent un transport atmosph\u00e9rique sur longue distance et une grande stabilit\u00e9 de certains compos\u00e9s, en mettant en \u00e9vidence le r\u00f4le des nuages comme r\u00e9servoir et vecteur potentiel de contamination environnementale.<\/p><p>L\u2019impact d\u00e9l\u00e9t\u00e8re des pesticides sur l\u2019environnement, \u00e0 court et \u00e0 long terme, n\u2019est donc plus \u00e0 d\u00e9montrer. Mais qu\u2019en est-il des risques sur la sant\u00e9 humaine\u00a0? L\u00e0 encore, les \u00e9tudes scientifiques ind\u00e9pendantes se succ\u00e8dent et confirment les effets plus ou moins d\u00e9l\u00e9t\u00e8res des pesticides sur notre sant\u00e9\u00a0: cancers, troubles du d\u00e9veloppement, maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, perturbations endocriniennes, bronchites, asthme \u2026<\/p><p>En 2021, un rapport publi\u00e9 par l\u2019Inserm confirmait les conclusions d\u2019un pr\u00e9c\u00e9dent rapport de 2013 (<em>Pesticides\u00a0: Effets sur la sante\u0301<\/em> <a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\"><u>[14]<\/u><\/a>), \u00e0 savoir la pr\u00e9somption forte d\u2019un lien entre l\u2019exposition aux pesticides et plusieurs cancers : prostate, leuc\u00e9mies, my\u00e9lomes, lymphomes, cancers p\u00e9diatriques (leuc\u00e9mies, tumeurs du syst\u00e8me nerveux central). Des cancers auxquels s\u2019ajoutent des maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives comme la maladie de Parkinson, des troubles cognitifs, des bronchopneumopathies chroniques obstructives, et des bronchites chroniques. Ces conclusions se sont appuy\u00e9es sur les donne\u0301es issues de plus de 5 300 documents et les recherches comple\u0301mentaires men\u00e9es par le groupe d\u2019experts<\/p><p>L\u2019occasion de rappeler que les agriculteurs sont les premiers expos\u00e9s aux pesticides. Leurs effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res sur la sant\u00e9 des exploitants agricoles et de leurs familles sont de mieux en mieux document\u00e9s. Plusieurs types de cancers sont notamment plus r\u00e9pandus dans les populations d\u2019agriculteurs que dans la population g\u00e9n\u00e9rale. Par ailleurs, si l\u2019agriculture est le secteur professionnel utilisant les plus grandes quantit\u00e9s de pesticides, de nombreux autres secteurs d\u2019activit\u00e9 sont \u00e9galement concern\u00e9s, mais nettement moins \u00e9tudi\u00e9s (espaces verts, industrie du bois, hygi\u00e8ne publique, pompiers, industries agroalimentaires\u2026).<\/p><p>Pr\u00e9cisons aussi que le syst\u00e8me d\u2019homologation actuel des produits phytopharmaceutiques ou phytosanitaires (noms doux des pesticides) se contente de tests mesurant la toxicit\u00e9 des mol\u00e9cules en laboratoire, ne permettant pas de d\u00e9tecter tous les effets possibles sur la sant\u00e9 humaine. De nombreux pesticides, comme le DDT, le lindane, le malathion ou encore la chlord\u00e9cone, avaient re\u00e7u une autorisation de mise sur le march\u00e9 avant d\u2019\u00eatre retir\u00e9s plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s en raison de leurs impacts sanitaires d\u00e9vastateurs. La chlord\u00e9cone utilis\u00e9e intensivement aux Antilles fran\u00e7aises de 1973 \u00e0 1993 dans les bananeraies a fait et fait encore des ravages\u00a0: elle est impliqu\u00e9e notamment dans la survenue de nombreux cas de cancer de la prostate <a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>et d&rsquo;anomalies du d\u00e9roulement de la grossesse<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. Elle est aussi mise en cause dans des probl\u00e8mes li\u00e9s aux facult\u00e9s cognitives et au comportement des enfants<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>. La pollution persiste depuis plusieurs d\u00e9cennies dans le sol, les rivi\u00e8res et le milieu marin proche des zones contamin\u00e9es.<\/p><p>On peut alors se demander pourquoi les pesticides sont aussi nombreux (il existe des milliers de mol\u00e9cules) et autant utilis\u00e9s en agriculture. La r\u00e9ponse est \u00e0 chercher du c\u00f4t\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me agricole qui favorise les pratiques intensives, privil\u00e9giant la logique de march\u00e9 au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019un petit nombre, soutenu par un lobbying forcen\u00e9 des fabricants de pesticides. Les alternatives existent pourtant et se d\u00e9veloppent. A condition de ne pas \u00eatre entrav\u00e9es par des d\u00e9cisions politiques d\u2019un autre \u00e2ge. Mais il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un autre sujet sur lequel nous aurons l\u2019occasion de revenir.<\/p><p>En septembre 2025, l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 par la cour administrative d\u2019appel de Paris pour la contamination massive des \u00e9cosyst\u00e8mes aux pesticides. Une information tr\u00e8s peu relay\u00e9e par les m\u00e9dias. Ce jugement fait suite \u00e0 une condamnation en premi\u00e8re instance<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>, le 29 juin 2023, reconnaissant ainsi \u00ab\u00a0<em>la responsabilit\u00e9 de l\u2019Etat dans l\u2019existence d\u2019un pr\u00e9judice \u00e9cologique r\u00e9sultant de l\u2019usage des produits phytopharmaceutiques<\/em>\u00a0\u00bb. Ce pr\u00e9judice est appr\u00e9ci\u00e9 notamment dans sa dimension relative \u00e0 la sant\u00e9 humaine.<\/p><p>La cour a demand\u00e9 notamment la r\u00e9vision des proc\u00e9dures d&rsquo;autorisation des pesticides pour mieux tenir compte de leurs impacts sur la biodiversit\u00e9 et la sant\u00e9. Dans son arr\u00eat\u00e9 du 3 septembre<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>, la cour administrative d\u2019appel de Paris juge en effet que <em>\u00ab\u00a0l\u2019Agence nationale de s\u00e9curit\u00e9 sanitaire de l\u2019alimentation, de l\u2019environnement et du travail (ANSES) a commis une faute en ne proc\u00e9dant pas \u00e0 l\u2019\u00e9valuation des produits phytopharmaceutiques au vu du dernier \u00e9tat des connaissances scientifiques. En cons\u00e9quence, la Cour ordonne \u00e0 l\u2019Etat de mettre en \u0153uvre une \u00e9valuation conforme aux exigences requises et de proc\u00e9der, dans un d\u00e9lai de vingt-quatre mois, \u00e0 un r\u00e9examen des autorisations de mise sur le march\u00e9 d\u00e9j\u00e0 d\u00e9livr\u00e9es\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p><p>C\u2019est donc plus de 2 500 produits qui vont potentiellement devoir \u00eatre r\u00e9\u00e9valu\u00e9s en France. Un travail titanesque qui ne sera probablement pas r\u00e9alis\u00e9, surtout si les budgets allou\u00e9s \u00e0 cette agence sont revus \u00e0 la baisse comme le demandent certains politiques.<\/p><p>Notons que la cour d\u2019appel est all\u00e9e plus loin que le tribunal administratif qui, en premi\u00e8re instance en 2023, avait seulement \u00ab\u00a0<em>enjoint au gouvernement de prendre toutes les mesures utiles de nature \u00e0 r\u00e9parer le pr\u00e9judice \u00e9cologique\u00a0\u00bb, conduisant les <\/em>associations \u00e0 faire appel.<\/p><p>Selon les informations du Monde, l\u2019Etat s\u2019est discr\u00e8tement pourvu en cassation en octobre. Le syndicat professionnel des fabricants de pesticides, Phyt\u00e9is, s\u2019est constitu\u00e9 partie \u00e0 la proc\u00e9dure et s\u2019est \u00e9galement pourvu en cassation le 4 novembre. C\u2019est donc le Conseil d\u2019Etat, la plus haute juridiction de l\u2019ordre administratif, qui mettra un point final \u00e0 l\u2019affaire.<\/p><p><strong>\u00a0<\/strong><\/p><h3>L\u2019environnement et la transition \u00e9cologique, d\u2019abord une question de sant\u00e9<\/h3><p>Ces probl\u00e8mes environnementaux ne sont que quelques exemples du lien \u00e9troit entre environnement et sant\u00e9 et des risques que font peser les perturbations environnementales g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par certaines activit\u00e9s humaines. On aurait pu citer \u00e9galement les canicules dues au d\u00e9r\u00e8glement climatique, qui provoquent des millions de morts dans le monde, les s\u00e9cheresses et le manque d\u2019eau dans certaines r\u00e9gions du monde, \u00e9galement dus au changement climatique, qui menacent plus de 2 milliards de personnes, la pollution de l\u2019air qui fait un nombre incalculable de victimes (40 000 d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9s par an en France), le d\u00e9r\u00e8glement des \u00e9cosyst\u00e8mes naturels et l\u2019\u00e9rosion de la biodiversit\u00e9 \u00e0 l\u2019origine de maladies infectieuses, etc.<\/p><p>Le lien entre la qualit\u00e9 de l\u2019environnement et la sant\u00e9 n\u2019est plus \u00e0 d\u00e9montrer. Dans un travail publi\u00e9 en 2007, l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS) estimait qu\u2019environ un quart des maladies (un tiers chez l\u2019enfant) \u00e9tait d\u00fb \u00e0 des facteurs environnementaux (modifiables, c\u2019est-\u00e0-dire sur lesquels nous pouvons agir). La quantit\u00e9 d\u2019ann\u00e9es de vie en bonne sant\u00e9 perdues pour des causes environnementales est cinq fois plus grande chez les enfants de moins de cinq ans que dans le reste de la population. Parmi les 102 grandes maladies r\u00e9pertori\u00e9es par l\u2019OMS, 85 sont en tout ou partie li\u00e9es \u00e0 des causes environnementales. Nous pourrions encore \u00e9grainer de nombreux chiffres et donn\u00e9es qui confirment le lien \u00e9troit entre l\u2019environnement et la sant\u00e9. Les liens entre d\u00e9gradation \u00e9cologique et d\u00e9gradation de notre sante\u0301 sont nombreux et largement d\u00e9montr\u00e9s.<\/p><p>La sant\u00e9 n\u2019est pas seulement une absence de maladie. Il importe de bien distinguer m\u00e9decine et sant\u00e9. Selon la d\u00e9finition de l\u2019OMS, la sant\u00e9 est un \u00ab\u00a0\u00e9tat de bien-\u00eatre physique, mental et social qui ne consiste pas seulement en l\u2019absence de maladies ou d\u2019infirmit\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p><p>Ce lien \u00e9troit entre la sant\u00e9 et l\u2019environnement a fait na\u00eetre le concept de sant\u00e9 environnementale. D\u2019apr\u00e8s l\u2019OMS, \u00ab\u00a0<em>la sant\u00e9 environnementale comprend les aspects de la sant\u00e9 humaine, y compris la qualit\u00e9 de la vie, qui sont d\u00e9termin\u00e9s par les facteurs physiques, chimiques, biologiques, sociaux, psychosociaux et esth\u00e9tiques de notre environnement. Elle concerne \u00e9galement la politique et les pratiques de gestion, de r\u00e9sorption, de contr\u00f4le et de pr\u00e9vention des facteurs environnementaux susceptibles d\u2019affecter la sant\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations actuelles et futures.\u00a0<\/em>\u00bb Agir sur les facteurs environnementaux permet donc de pr\u00e9venir, pr\u00e9server et am\u00e9liorer l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de la population, notre sant\u00e9 \u00e0 tous.<\/p><p>Il y a quelques ann\u00e9es est apparu \u00e9galement le concept \u00ab\u00a0One Health\u00a0\u00bb (une seule sant\u00e9), affirmant le lien entre sant\u00e9 humaine, sant\u00e9 animale et sant\u00e9 des \u00e9cosyst\u00e8mes, et en pr\u00f4nant une approche int\u00e9gr\u00e9e de ces trois domaines.<\/p><p>Selon la Banque mondiale, le b\u00e9n\u00e9fice attendu de l\u2019adoption de l\u2019approche \u00ab\u00a0Une seule sant\u00e9\u00a0\u00bb pour la communaut\u00e9 mondiale a \u00e9t\u00e9 estim\u00e9 en 2022 \u00e0 au moins 37 milliards de dollars des \u00c9tats-Unis (USD) par an. On estime que les d\u00e9penses annuelles consacr\u00e9es \u00e0 la pr\u00e9vention repr\u00e9sentent moins de 10\u00a0% de ces b\u00e9n\u00e9fices (source\u00a0: OMS).<\/p><p>Tous ces \u00e9l\u00e9ments et concepts doivent nous conduire \u00e0 changer de discours sur la transition \u00e9cologique. Il ne s\u2019agit pas tant de \u2018\u2019 lutter <em>contre<\/em> \u2018\u2019 la d\u00e9forestation, les \u00e9missions de CO<sub>2<\/sub>, la perte de biodiversit\u00e9, l\u2019artificialisation des sols, la fast-fashion ou encore l\u2019agriculture intensive (autant de points de vue qui stigmatisent et culpabilisent) que \u2018\u2019 d\u2019agir <em>pour<\/em> \u2018\u2019 pr\u00e9server NOTRE sant\u00e9 \u00e0 tous et celle des g\u00e9n\u00e9rations futures. Il s\u2019agit de travailler <em>pour<\/em> le bien-\u00eatre et la qualit\u00e9 de vie <em>pour<\/em> tous, <em>pour<\/em> maintenir l\u2019habitabilit\u00e9 de notre plan\u00e8te. Qui pourrait \u00eatre contre\u00a0?<\/p><p>Face au discours ambiant de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9cologie punitive\u00a0\u00bb, faisons de la sant\u00e9 (dans tous les sens du terme) un mot de ralliement populaire de nos mobilisations \u00e9cologiques, de nos plaidoyers, de nos tribunes.<\/p><p>Menons nos actions de sensibilisation en les axant sur l\u2019impact sanitaire positif d\u2019un environnement de qualit\u00e9. Passons du discours moralisateur au discours mobilisateur, le seul qui puisse vraiment engager un changement de soci\u00e9t\u00e9.<\/p><p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Proceedings of the National Academy of Sciences Vol. 121 | No. 3 January 16, 2024<\/p><p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> L. Poinsignon et coll. Exposure of the human placental primary cells to nanoplastics induces cytotoxic effects, an inflammatory response and endocrine disruption. J Hazard Mater, 26 f\u00e9vrier 2025<\/p><p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> ten Hietbrink, S., Materi\u0107, D., Holzinger, R. <em>et al.<\/em> Nanoplastic concentrations across the North Atlantic. <em>Nature<\/em> <strong>643<\/strong>, 412\u2013416 (2025)<\/p><p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> <em>Journal of Hazardous Materials<\/em> Volume 427, 5 April 2022<\/p><p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> <em>Environ. Sci. Technol.<\/em> 2021, 55, 13, 9339\u20139351<\/p><p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Avis de l\u2019Anses &#8211; Saisine n\u00b02015-SA-0140<\/p><p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Oleko A, Fillol C, Saoudi A, Zeghnoun A, Bidondo ML, Gane J, Balicco A. Impr\u00e9gnation de la<\/p><p>population fran\u00e7aise par le cadmium. Programme national de biosurveillance, Esteban 2014-2016. Saint-<\/p><p>Maurice : Sant\u00e9 publique France, 2021. 43 p<\/p><p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Bara\u0144ski M, Srednicka-Tober D, Volakakis N, Seal C, Sanderson R, Stewart GB, Benbrook C, Biavati B, Markellou E, Giotis C, Gromadzka-Ostrowska J, Rembia\u0142kowska E, Skwar\u0142o-So\u0144ta K, Tahvonen R, Janovsk\u00e1 D, Niggli U, Nicot P, Leifert C. Higher antioxidant and lower cadmium concentrations and lower incidence of pesticide residues in organically grown crops: a systematic literature review and meta-analyses. Br J Nutr. 2014 Sep 14;112(5):794-811. doi: 10.1017\/S0007114514001366. Epub 2014 Jun 26. PMID: 24968103; PMCID: PMC4141693.<\/p><p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> https:\/\/www.efsa.europa.eu\/en\/efsajournal\/pub\/6223<\/p><p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> https:\/\/foreverpollution.eu\/<\/p><p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> van der Sluijs, J.P., Amaral-Rogers, V., Belzunces, L.P. <em>et al.<\/em> Conclusions of the Worldwide Integrated Assessment on the risks of neonicotinoids and fipronil to biodiversity and ecosystem functioning. <em>Environ Sci Pollut Res<\/em> <strong>22<\/strong>, 148\u2013154 (2015). https:\/\/doi.org\/10.1007\/s11356-014-3229-5<\/p><p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Wan, NF., Fu, L., Dainese, M. <em>et al.<\/em> Pesticides have negative effects on non-target organisms. <em>Nat Commun<\/em> 16, 1360 (2025). https:\/\/doi.org\/10.1038\/s41467-025-56732-x<\/p><p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Are Clouds a Neglected Reservoir of Pesticides? Environ. Sci. Technol. 2025, 59, 40, 21579\u201321588<\/p><p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> https:\/\/www.inserm.fr\/expertise-collective\/pesticides-effets-sur-sante\/<\/p><p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Journal of Clinical Oncology &#8211; Volume 28 \u2022 Number 21 \u2022 July 2010 -Pages: 3457 \u2013 3462<\/p><p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Ben-Fares, M., Monfort, C., Kadhel, P. <em>et al.<\/em> Chlordecone exposure in women and time to pregnancy: the Timoun cohort study in Guadeloupe, French West Indies. <em>Environ Health<\/em> 24, 78 (2025). https:\/\/doi.org\/10.1186\/s12940-025-01233-z<\/p><p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> Oulhote, Y., Rouget, F., Michineau, L. <em>et al.<\/em> Prenatal and childhood chlordecone exposure, cognitive abilities and problem behaviors in 7-year-old children: the TIMOUN mother\u2013child cohort in Guadeloupe. <em>Environ Health<\/em> 22, 21 (2023). https:\/\/doi.org\/10.1186\/s12940-023-00970-3<\/p><p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Suite \u00e0 une plainte d\u00e9pos\u00e9e par cinq associations de protection de l\u2019environnement.<\/p><p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> https:\/\/paris.cour-administrative-appel.fr\/decisions-de-justice\/dernieres-decisions\/la-cour-reconnait-la-responsabilite-de-l-etat-dans-l-existence-d-un-prejudice-ecologique-resultant-de-l-usage-des-produits-phytopharmaceutiques<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Microplastiques, PFAS, cadmium, pesticides, canicule \u2026, les ann\u00e9es 2024 et 2025 auront mis en lumi\u00e8re de nombreux facteurs environnementaux susceptibles d\u2019alt\u00e9rer gravement notre sant\u00e9.<\/p>\n<p>R\u00e9trospective 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