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Avis déposé par Nature & Société dans le cadre de l’enquête publique relative à la mise à grand grand gabarit de la Seine entre Nogent-sur-Seine et Bray-sur-Seine (77).

Avec le projet de mise à grand gabarit de la Seine entre Bray-sur-Seine et Nogent-sur-Seine, soumis actuellement à enquête publique, notre association s’inquiète des conséquences et de l’impact de cette modification violente d’un cours d’eau dessiné par le temps et les logiques naturelles.

A l’heure de la prise de conscience de la chute de la biodiversité, de la mise en place de mesures de préservation par la protection des habitats (dont renaturation de berges et de zones humides) et de la prise en compte des trames bleues ce projet « à contre-courant », qui place l’économie et les intérêts industriels devant ceux de la préservation de la planète nous interroge.

Pour Nature & Société

  1. Le modèle économique développé dans le dossier qui s’appuie sur une hypothèse d’un accroissement du transport fluvial d’ici 2060 n’est pas démontré. A titre d’exemple la prolifération d’entrepôts logistiques dans notre région, co-organisée par le secteur routier et l’État depuis de nombreuses années, entre directement en concurrence avec le fluvial et concoure à dévaloriser économiquement ce dernier mode de transport. Nous n’avons d’ailleurs pas trouvé trace d’une estimation précise du nombre de bateaux qui emprunteront à terme ce canal dans le dossier déposé par VNF.
  2. Nous relevons cette phrase, que notre association fait sienne, dans l’avis de l’autorité environnementale du 4/11/2020 : « En outre, les hypothèses de trafic et les conditions de circulation, utilisées pour les évaluer et en étudier les conséquences, ne justifient pas de l’existence de besoins auxquels l’aménagement actuel ne permettrait pas de répondre. »
  3. Ce 2 février nous commémorions le cinquantième anniversaire de la signature de la Convention de Ramsar sur les zones humides. Or, l’impact de ce projet sur les milieux naturels est majeur. Rectifier 19 km du lit de la Seine détruira irrémédiablement 81 ha de zones humides, générera 4,4 million de tonnes de déblais et amplifiera les risques d’inondation. Alors, dans le même temps, le Grand Paris se lance donc dans le projet de construction d’un casier pilote sur le territoire de la Bassée destiné à protéger la région francilienne en cas de crue majeure de l’Yonne et de la Seine. Ces deux projets sont d’évidence fortement connectés, l’un étant destiné à limiter les effets néfastes de l’autre. Pendant que l’on continue d’artificialiser le fonctionnement du fleuve, on met en place des solutions techniques extrêmement couteuses pour compenser les conséquences de la mise à grand gabarit du lit naturel de la Seine. Or il nous semble simplement essentiel de préserver la Bassée, plus grande zone humide d’Île-de-France, dont le fonctionnement naturel se trouverait fortement perturbé par ce projet.
  4. L’obligation réglementaire de compensation écologique n’est pas respectée par un projet dont les effets sur le milieu naturel ne sont pas réellement compensables. Toujours dans son avis du 4/11/2020 l’Autorité Environnementale écrit « Les réponses proposées aux besoins de compensation se bornent pour certaines à une approche quantitative de la perte de biodiversité, sans garantie de réussite et sans plus-value de biodiversité alors que la législation invite les maîtres d’ouvrage à le faire. »
  5. Notre association, très impliquée dans la connaissance et la protection de nos fleuves et de nos rivières, s’inquiète également des conséquences sociales du projet. En particulier nous n’avons pas trouvé trace dans le dossier des impacts sur la batellerie artisanale et la suppression d’emplois dans ce secteur. Économiquement ce projet semble essentiellement convenir aux tenants d’un modèle agricole industriel intensif, destructeur d’espace naturels et d’emplois. La position exprimée par Monsieur J.M. Soufflet, président du directoire du Groupe Soufflet, premier collecteur de céréales sur fonds privés en France, est éloquente en ce sens : « L’accord de financement du projet de canal à grand gabarit Bray-Nogent […] est une excellente nouvelle qui va permettre de lancer l’enquête d’utilité publique en 2021. […] C’est une étape importante qui vient d’être franchie pour ce projet, impatiemment attendu par les industriels, et dont on parle depuis des décennies. Ce canal permettra de faire naviguer des barges de 2 500 tonnes, beaucoup plus que les limites actuelles » (Est Eclair du 24/12/2020). Le coût exorbitant de ce projet (343 millions d’euros) à charge des contribuables est essentiellement destiné à faciliter le transport de céréales alors même que l’agriculture industrielle intensive est déjà fortement remise en question pour son impact sur les milieux naturels et de plus en plus montrée du doigt comme secteur « à réformer » en vue des enjeux d’urgence écologique (cf Convention Citoyenne pour le Climat).

Nature & Société émet donc un avis défavorable au projet de mise à grand gabarit de la liaison fluviale entre Bray-sur-Seine et Nogent-sur Seine.