Poissons d’avril des années 70

SilureNous partons actuellement à la pêche dans les archives des études menées sur le lac, et notamment celles qui concernent les poissons d'hier et d'aujourd'hui et leur suivi. En attendant d'autres articles, plus spécifiques et scientifiques, sur certaines espèces voici quelques lignes sur la petite histoire piscicole du lac de Créteil écrites par Pierre Navarro qui en arpente les berges depuis déjà de nombreuses années.

Le sable alluvionnaire enfoui sous les terres à blés cristoliennes a été extrait intensivement, pendant de nombreuses années, afin d'approvisionner la région parisienne en matériaux de construction jusque dans les années 70. Les sablières s’étendaient alors de l’actuel carrefour Pompadour jusqu'à la voie rapide qui traverse aujourd’hui Créteil et se termine à la station de métro « Pointe du lac ».

Les eaux de pluie, la nappe phréatique, aquifère du  Champigny, qui y affleure, et les effluents du Mont-Mesly ont eût tôt fait de remplacer le sable par de l’eau. Aujourd’hui, le niveau peut être régulé grâce à des prises d’eau avec vannes qui évacuent le trop plein vers la station d’épuration de Valenton.

En fin d’exploitation, les trous des anciennes sablières causés par l’extraction se devaient d’être comblés, parfois avec les moyens du bord (gravats et même déchets et ordures des villes avoisinantes), en vue d’utiliser ces terrains, toujours dans un objectif « immobilier ». L’extraction du sable s’acheva au printemps 1976 avec le départ de la barge servant à son exploitation tandis que commençaient les travaux d’aménagement de la base de loisirs régionale. Suivaient ceux de la rive sud-est du lac, l'urbanisation de la ville de Créteil se "terminant" alors au niveau de l’actuelle Maison des Arts. La construction de la préfecture, débutée en février 1968, peu après la naissance du département du Val de Marne, et celle de la mairie, impliquèrent des fondations sur « pilotis » de béton de près de 30 mètres de profondeur pour trouver une strate de sous-sol calcaire assez solide pour supporter le poids de ces édifices.

Au milieu de ces « terrains à bâtir », et de Créteil en construction, une quarantaine d'hectares ont cependant été réservés pour le lac et un espace vert de 20 ha au cœur de la ville. Le lac de Créteil est l’un des plus étendus de la région parisienne, sa profondeur moyenne est de 4 mètres, correspondant à la profondeur d’extraction du sable par les machines, avec quelques belles fosses de plus de 6 mètres !

Ce plan d’eau urbain a rapidement été colonisé par les oiseaux d’eau. Joli conte (mais véridique !), ce sont souvent eux qui en volant d’un plan d’eau à un autre apportent dans leurs plumes ou sur leurs pattes les premiers œufs d’insectes, de batraciens et de poissons dans les milieux aquatiques.

Moins naturel mais plus rapide, à Créteil, les pêcheurs amateurs locaux, dont vous faisiez peut-être partie, ont ensuite procédé à de nombreux alevinages (lâcher de petits poissons) d’espèces indigènes communes (carpes, gardons, goujons, ablettes, perches…).

Avec plus ou moins de bonheur et par manque de connaissances sur certaines espèces « invasives » d’autres lâchers malencontreux ont également eu lieu. Le premier, qui devait permettre de créer des réserves alimentaires en cas de conflit, et donc choisi pour sa croissance rapide, fut le  poisson-chat (Ictalurus melas), une invasion venue des Etats-Unis au 19ᵉ siècle !. Les Écrevisses Américaines (Orconectes limosus), venues du nouveau monde également, nettoient les fonds, mais ne sont pas consommables.

Suivirent, les perches Arc-en-ciel (Lepomis gibbosus), esthétiques certes mais qui détruisent la ponte des autres poissons, ainsi que le Sandre (Stizostedion lucioperca) magnifique poisson carnassier se nourrissant de petits poissons, originaire du lac Balaton en Hongrie. Poisson à la chair très fine au goût de noisette, il a colonisé fleuves et plans d’eau avec rapidité, concurrençant le brochet.

L’énorme Silure glane (Silurus glanis), dont la pêche très sportive fait de nombreux adeptes, a été introduit par la fédération de pêche bouleversant quelque peu par sa grande taille…et sa boulimie le début d’équilibre existant.

Souvenirs, souvenirs…

Dans les années 1980, les prises de sandre étaient « miraculeuses ». La prise du premier gros silure, donna d’énormes sensations à un des doyens, récemment disparu, des pêcheurs cristoliens et qui lui firent frôler l’infarctus. Surpris par la vigueur de ce « monstre », lui, qui avait coutume de sortir ses poissons en force, trouva un adversaire plus fort que lui, et il fut retenu de justesse par la ceinture afin de lui éviter le bain forcé !

Un professeur de cuisine d’un lycée technique pratiquait quant à lui la pêche du gardon « à la graine de chènevis… »  et repartait avec une bonne douzaine de kilogrammes de gardons, gros comme des harengs, dont il faisait « tirer les filets » et retirer, par ses élèves, à la pince à épiler les arêtes de la chair pour leur faire réaliser des « rollmops » à la française !

 

De nombreuses études ont été faites sur les poissons du lac, des années 1979 à 1986, elles ont mêmes servi de support à plusieurs thèses :

  • Sur l'Ecrevisse Américaine en 1979 par Jean-Marie JESTIN.  
  • Sur le Poisson-Chat qui pullulait à l’époque et qui a depuis complètement disparu en 1981 par Philippe BOËT .
  • Sur la Perche en 1985 par Chrissi-Yianna POLITOU.
  • Sur le Sandre, le Gardon et la Ligulose du gardon en 1986 par Daniel GERDAUX.

Toutes ces précieuses études nous renseignent sur la population piscicole… d’il y a déjà 30 ans. Depuis, beaucoup de choses ont changé : toutes les rives ont été aménagées (bétonnées côté ville, végétalisées côté Ile-de-Loisirs), la végétation aquatique s’est répandue sur l’ensemble du lac créant des zones propices à la reproduction et refrénant les envies de plongeon des cristoliens. Enfin, les Grèbes, et surtout les Cormorans, prélèvent un quota non négligeable de la population piscicole.

La pêche de nos jours, n’est plus pratiquée sur le lac que par quelques « mordus », il en vient même de Belgique, à la recherche des énormes carpes, une pêche dite « no kill » où les prises, qui font parfois plus de 30 kilos, sont photographiées puis remises à l’eau. Quelques adeptes de la pêche sportive et déambulatoire des carnassiers arpentent aussi les 5,2 km de rives, auxquels s’ajoutent une poignée de braconniers qui capturent par des moyens non autorisés de beaux poissons… parfois revendus à la sauvette.

La pratique de la pêche au lac de Créteil, n’est autorisée qu’aux porteurs d’un permis, délivré chaque année par les détaillants d’articles de pêche ou par la Fédération interdépartementale de la pêche (75,92,93,94) qui fournit également des informations (dates d’ouverture, taille minimale des poissons…) concernant les droits des pêcheurs …et ceux des poissons !

Et pour Nature & Société, qu’en est-il ?

On vous voit venir avec vos grands sabots grandes waders !  … si, si … « Alors, les naturalistes ? Quel est votre positionnement sur la pêche, la chasse (…la tradition) ? »

Si nous ne comprenons pas vraiment le plaisir de la capture nous partageons complètement le plaisir de s’asseoir des heures au bord de l’eau. Nous pestons régulièrement contre les « mauvais pêcheurs » en délivrant les oiseaux emberlificotés dans du fil de pêche, mais nous sommes les premiers à reconnaitre que les « bons pêcheurs » sont plus qu’actifs pour se lancer dans des sauvetages improbables d’oiseaux blessés -et même parfois de cormoran !-  ou pour nettoyer les abords du Lac.

Et questions de culture sur le  lac et de son histoire, n’hésitez pas à les alpaguer, ils sont plus d'un à en connaître un rayon et pas sur la  pêche uniquement !

Poisson avril

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