Retours sur la table ronde "la responsabilité sociale des entreprises"

Regards croisés sur la responsabilité sociale des entreprises.

Fumée usineDébut 2016, la Maison de la Nature accueillait une table ronde autour de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) dont les intervenants principaux étaient Rita Fahd et Thierry Foucault.

Rita Fahd, adhérente de Nature & Société et récemment élue au conseil d’administration de France Nature Environnement (FNE), a rappelé en introduction la mission que notre fédération nationale s’est donnée en matière de RSE.Celle-ci  est principalement axée sur le reporting, à savoir mettre les entreprises face à leurs responsabilités vis-à-vis de la société.

En effet, les grandes entreprises ou les multinationales ne doivent pas, uniquement, répondre aux besoins des consommateurs et aux attentes de leurs actionnaires mais également rendre des comptes à la société au niveau de leur impact global. Hélas, nombre d'entre elles s’arrêtent à la plus-value apportée à un territoire, en terme d’emploi par exemple, sans assumer les responsabilités pouvant être liées aux dégradations de l’environnement ou au atteintes sanitaires découlant parfois de leurs activités

La RSE est pourtant intimement liée à l’image des entreprises, comme cela a pu être mis en exergue lors du conflit déontologique récent qui a impliqué EDF, en communiquant autour de sa contribution financière à la tenue de la récente COP21, qui se revendiquait "partenaire d’un monde bas carbone".

Si l’obligation de publication des résultats et objectifs en matière de RSE est devenue, depuis la loi Grenelle 2, obligatoire pour les multinationales il n’en reste pas moins facile de faire dire «ce que l’on veut» à ces bilans et la communication autour d’un produit vertueux peut très bien cacher une catastrophe écologique. Le travail et la veille de France Nature Environnement ont donc pour objectif d’améliorer ces audits, de contribuer à rendre le cadre législatif plus dur et plus contraignant, de veiller aux conflits d’intérêts en particulier en surveillant «qui» réalise le reporting. Il s’agit également de contribuer à une avancée européenne, voire mondiale, de la législation pour éviter le dumping social et économique, la délocalisation des entreprises vers des contrées moins regardantes en terme de droits humains et/ou environnementaux. Mais la RSE est pour le moment une démarche basée sur le volontariat et reste évaluée au regard des efforts plutôt que de l’impact («démarche de progrès»).

Lors de notre table ronde , Rita Fahd a également tenu à aborder le problème du greenwashing : qui consiste en l'éco-blanchissement, (ou «verdissement» !) de l'image écologique de l'entreprise

Thierry Foucault, qui est le trésorier-adjoint de Nature & Société, et dont l'activité professionnelle consiste à  accompagner des organisations dans la mise en œuvre de stratégies et de pratiques éco-responsables, était également intervenant à notre table ronde. Il a tenu à rappeler que que 99% des entreprises sont des TPE et des PME. Ces entreprises sont souvent sous-traitantes des grandes, et influer sur les multinationales impacte positivement l’ensemble du monde de l’entreprise. L’accompagnement dans une démarche RSE et, de façon plus large, l’intégration du développement durable dans la stratégie et le fonctionnement de l’entreprise y est donc primordial.

L'étude "RSE et compétitivité» menée par France Stratégie" en janvier 2016 auprès de 8500 entreprises françaises (incluant les PME) révèle que "…la RSE procure un gain de performance en moyenne de l’ordre de 13 % par rapport aux entreprises qui ne l’introduisent pas (toutes choses égales par ailleurs),  en particulier quand elle relève de l’initiative volontaire et non de mesures contraignantes"

Dans cette approche, il s’agit plus globalement d’apprendre à «se regarder faire», à analyser ses pratiques, à «dépasser le business  et pour cela, la  porte d’entrée » peut ne pas être forcément environnementale. Il peut notamment s’agir en premier lieu du bien-être des salariés , autre item de la RSE, avant de glisser de façon logique vers des enjeux plus environnementaux..


A l'issue de la présentation du concept de RSE et des travaux menés par France-Nature-Environnement, un temps d'échange s'est ouvert avec l'assistance.

Luc Abbadie s'interroge sur  l’envie d’une vraie législation, qui soit partagée, en vue que tous s’y mettent de façon obligatoire et que les précurseurs/volontaires ne soient pas pénalisés?

Martine Gautier exprime son impression décevante que cela ne se fera "que sous la contrainte.

Pour Luc Abbadie, il s’agirait effectivement de la défaite du concept de citoyen, … tout avance mais trop lentement. Mais, de façon positive, la responsabilité sociétale est une clause de plus en plus fréquente dans les appels d’offre. La RSE devient incontournable notamment en lien avec la loi sur la transition énergétique,

Anne Dieleman s’étonne en revanche de ce que la COP21 n’ait pas également donné lieu à des déclinaisons législatives, alors même que le monde de l’entreprise est l’un des plus à même de s'emparer de façon concrète de la mise en œuvre bénéfique d'un changement de pratiques.

André Candio pense que l'on peut identifier cinq leviers incontournables au changement: 1/La compétence en interne, 2/Le pouvoir de décision des personnes impliquées, 3/La motivation,4/Les moyens attribués et 5/L’intégrité.

La "mission pédagogique" que se fixe Thierry Foucault consiste dans le fait d’aider les entreprises à trouver un intérêt à s’inscrire dans une démarche environnementale, que celle-ci porte ou nom le nom de RSE. Les retombées lui semblent évidentes, en terme d’image, mais également, par ricochets, en termes financiers.

Luc Abbadie souligne le fait que l’innovation dans le domaine de la RSE devrait être perçue comme une opportunité et non uniquement comme un risque. Le facteur humain est essentiel et les expériences les plus réussies sont sans conteste celles des PME de 150/200 salariés dans lesquelles la démarche est portée par la conviction du dirigeant sans le poids et la contrainte des actionnaires.

Philippe Dumée s’interroge sur la réalité de l’implication des collectivités et des territoires dans une démarche similaire, car il souligne que, venue "d'en haut" (Europe, grandes entreprises, etc), la RSE devrait être déclinée au plus proche des acteurs du monde du travail et des consommateurs finaux.

Rita Fahd souligne que dans le cadre de la RSO (ou Responsabilité Sociétale des Organisations), l’exemplarité des collectivités est recherchée mais que les associations sont également concernées, un travail commence à être mené dans ce sens en interne au sein de France Nature Environnement mais doit être amplifié.

Philippe Dumée souhaiterait que les fédérations et associations territorialisées du mouvement FNE puissent s'approprier et impulser au niveau des entreprises locales une démarche similaire à celle que mène la fédération au niveau national.

Rita Fahd trouve également une cohérence à cette déclinaison et en fera part à France Nature Environnement.

Ensuite, tout reste à imaginer et à mettre en pratique…