Nouveau signe du réchauffement climatique ou invasion ?

algues lac de CréteilInquiets comme tout un chacun par la progression impressionnante des algues autour des îles du lac de Créteil lors de l'été 2015, nous avons effectué quelques prélèvements que le Professeur Alain Couté, spécialiste de la systématique des algues, a eu l'amabilité de déterminer.

La plus intéressante (ou inquiétante, c'est selon)  est Pithophora oedogonia, une algue filamenteuse unisériée (1) qui n'avait encore jamais été trouvée à l'air libre en France. Sa présence est étonnante et notoire puisqu'il s'agit d'une micro-algue répertoriée dans les eaux chaudes et surtout tropicales. Son introduction dans le lac de Créteil pourrait être la conséquence d'un déversement d'eaux d'aquariums tropicaux privés, ou encore être liée aux passages d'oiseaux migrateurs qui l'auraient transportée. Il serait donc intéressant, selon le Pr Alain Couté et Claude Yéprémian du Muséum d'Histoire Naturelle, de suivre la façon dont elle se maintient en zone tempérée - une forte diminution en surface a d'ores et déjà été observée à la fin de l'été, mais les cellules de résistance de cette algue, les akinètes, devraient peut être lui permettre de survivre cet hiver.

La seconde appartient au genre Oedogonium, mais les organes reproducteurs qui auraient permis de l'identifier avec plus de précision n'étaient pas présents sur l'échantillon. Il s'agit d'un genre assez commun, très répandu à travers le monde, d'algues vertes filamenteuses non ramifiées qui peuvent former de grandes concentrations flottantes à leurs moments de fortes croissances.

Algues lac BD

Enfin, Pierre Navarro, vice-président de l'association, qui est  également très impliqué dans le suivi piscicole du lac de Créteil, a constaté une forte diminution de la population de certaines espèces de poissons, peut-être due à la prolifération des algues dans le lac de Créteil. Il a soumis à identification une nouvelle algue qui s'est révélée, après analyse au microscope, être de l'espèce Aphanizomeron flos-aquae .

Sans certitude, les causes de cette prolifération d'algues lors de l'été 2015 pourraient être:

  • la combinaison des fortes chaleurs et de la luminosité de cet été caniculaire et donc une nouvelle problématique à gérer en lien avec les modifications climatiques qui font l’actualité,
  • la faible profondeur, liée notamment à l’évaporation, et aux eaux calmes.

D'autre part, il semble que les fientes riches en azote des oies bernaches, qui sont parfois plus de soixante-dix individus sur le lac,  puissent également contribuer à la prolifération de ces algues filamenteuses. De nombreux autres paramètres tels que le brassage de l'eau, la compétition avec d'autres plantes aquatiques, le contrôle par les poissons et autres espèces consommant ces algues sont susceptibles d'intervenir.

L’arrivée de l’automne, de la pluie (et donc le brassage de l’eau), la baisse de la température et de la luminosité devraient peut être améliorer la situation de façon naturelle.

Le ramassage de ces algues s’avère difficile à mettre en œuvre, mais nous l'avons évoqué avec les équipes en charge de la gestion du lac et avons prévu d'échanger avec les pêcheurs au sujet des espèces piscicoles susceptibles de les consommer.

Limiter la prolifération  des oies présentes sur le lac est également une question épineuse mais nous vous invitons à faire une nouvelle fois à faire « diplomatiquement » passer le message de ne pas jeter de pain aux cygnes et aux oies auprès des promeneurs que vous croiserez.

(1) les filaments d'une algue unisériée sont constitués d'une seule file de cellules.

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